Saint-Saulge et ses légendes : la fable du jour « Fable Saint-Saulgeoise, » … de … Pierre

Suite au billet précédant car, 

chose promise, chose due :

 la fable !

Photo prise par moi-même

 

Fable Saint-Saulgeoise,

 

Lors d’un séjour plaisant au gîte de Ranceau,

un tout petit hameau dépendant de Saint-Saulge,

commune de la Nièvre où les vaches pataugent

dés lors que dans les prés se trouvent des points d’eau !

 

Je me souviens qu’un soir, au gîte de l’étang,

après avoir goûté un vieux marc de bourgogne

… pour tout dire abusé car rien qu’à voir ma trogne

un pandore un peu simple aurait vu sur l’instant !

 

Dans un état second, je sortis faire un tour,

minuit avait sonné mais un grand clair de lune

éclairait avec faste et vigueur la commune

au point que l’on aurait pu se croire en plein jour !

 

Je me dois d’ajouter car c’est très important

pour que tout un chacun saisisse et appréhende

que j’avais le matin découvert les légendes

que l’on raconte ici depuis très très longtemps !

 

Commençant mon périple en contournant l’étang,

je tombais nez à nez avec deux gars bizarres,

drôles de pistolets que deux mondes séparent,

ils parlaient de fusils qui pousseraient dedans !

 

 

Laissant ces deux clampins en grande discussion

je croisais en chemin la silhouette brune

d’une ânesse buvant tranquillement la lune

qui se mirait dans l’iau sans plus de précaution !

 

Laissant la bourrique à son coupable forfait

– au risque de passer à la nuit la plus noire ! –

j’arrivais devant une étable où, fait notoire,

je vis une fillette au regard stupéfait.

 

Elle hélait ses parents : «Venez même nus-pieds !

Notre vache a mis bas un viau avec un casque !

Il tient une bouteille et il a l’air tout flasque,

on dirait qu’il ressemble un peu à un pompier ! »

 

Passant un peu plus loin à coté d’un prunier,

j’assistais médusé à l’extraordinaire

façon des gens d’ici de désigner leur maire :

celui qui choperait une prune en premier !

 

A la gendarmerie et ceint de son tambour,

le vieux garde-champêtre éduquait un pandore :

« Quand il y a un feu, je te le dis encore :

soit prudent mon garçon pour éviter les tours !

 

Laisse un homme sur place – et pas le plus crétin ! –

pour garder les clapiers et toutes les cellules,

c’est un conseil d’ami pas du tout ridicule

si tu veux retrouver prisonniers et lapins ! »

 

Continuant ma route et allant de l’avant,

je fus interpellé par le chef de caserne,

un capitaine heureux avec ses subalternes

de leur nouvelle pompe : un modèle innovant !

 

« Avec cet engin-là, nous seront efficients,

feu ou inondation, elle est très performante !

il faut dire qu’elle est aspirante-arfoulante

et qu’elle a un débit de haut coefficient !

 

Pour peu que les malheurs sachent prendre leur tour,

je veux dire en cela qu’ils ne soient pas ensemble :

pour deux feux une pompe et alors moi je tremble,

si on la coupe en deux, terminés les secours ! »

 

Après ce long échange et visant le clocher,

je repris mon chemin pour rejoindre l’église,

deux grands attroupements me causèrent surprise :

je fis un long détour afin de m’approcher.

 

Il y avait un grand branle-bas de combat :

des vaches de labour et des hommes placides

tiraient à chaque bout de cordeaux très solides

qui encerclaient l’église au niveau le plus bas !

 

De nature curieuse et voulant tout savoir,

je m’adressais de suite à une paysanne

qui n’avait pas un nez à boire des tisanes

et à qui il fallait deux chaises pour s’asseoir !

 

« Mais que ce passe-t-il ? Quel est ce lourd chantier ? »

« J’ cré bin mon bon Môssieur qu’ils déplacent l’église,

pourvu qu’ils la cass’ pas – Ah ! la drôl’ d’entreprise ! –

si jamais ell’ s’écroule où c’est qu’on va prier ? »

 

Passant à l’autre groupe et toujours fort surpris,

au pied du grand clocher je vis un trio d’hommes

qui grâce à un palan montait – il faut voir comme ! –

une vache meuglant en ballottant du pis !

 

Un fermier m’expliqua « Mon fieu dans tous nos prés

le fourrage est bin rare et sur le clocher l’herbe

a, vingt dieux, bin poussé et à défaut de gerbes

on va monter la vache et elle’ va tout bouffer ! »

 

Laissant ces gros travaux je repris mon bâton,

passant par la rue Thiers, je ne vis pas de verres

aux endroits éclairants de tous les réverbères :

seulement du fer blanc : j’en restais tout couillon !

 

 Comme un gamin passait une fronde à la main,

il me dit en riant « Faut pas vous prendr’ la tête,

c’est à cause de nous, je sais c’est un peu bête,

on cassait les carreaux en un seul tournemain ! »

 

A l’hôtel de la lune et baluchon sur l’ dos,

un brave voyageur hélait la diligence,

le cocher en freinant lui dit plein d’obligeance :

« Il reste de la place entre deux gros ballots ! »

 

J’arrivais à la gare au plus affreux moment :

le tacot était là mais coincé sous ses roues,

un goret bien dodu de la queue aux bajoues

perdait le goût du pain dans de longs grognements !

 

Une vieille étouffait sous un flot de sanglots,

maudissant le progrès et toutes ces machines

qui portent le malheur et sont à l’origine

d’un bien sombre avenir que l’on verra bientôt !

 

Les râles du cuissot, le sifflet du tacot,

les grands cris de la vieille et le remue-ménage

me firent sursauter et me mirent en nage

en sortant de mon rêve aux accents très locaux !

 

Car j’en suis convaincu vous aviez deviné,

que ces vers défilant en folle sarabande

résultaient d’un cocktail d’alcool et de légendes

produit par mon cerveau pas mal alambiqué !

 

Moralité :

 

Le marc est un nectar dont il faut se méfier,

ne pas en abuser est la règle absolue,

ne pas la respecter est bien une bévue :

je tiens absolument à vous le certifier !

 

Maintenant si j’avais ce précepte suivi,

je ne vous aurais pas rappelé ces légendes,

alors de temps en temps je vous le recommande :

faites donc une entorse et buvez à l’envi !

 

Mais alors, pour le cas, plus question de volant !

A défaut de lapins nos gendarmes modernes

possèdent des ballons et sans être paternes,

ils nous forcent à souffler, ce qui est fort gonflant !

 

                                             Pierre Dupuis

 

                                              

                                                                           

 

 

A propos Pierre

Professeur à la retraite
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2 commentaires pour Saint-Saulge et ses légendes : la fable du jour « Fable Saint-Saulgeoise, » … de … Pierre

  1. althmama dit :

    Bonsoir Pierre et tous mes compliments,
    Un très beau poème, alexandrin aux rimes embrassées et, dans le droit fil des illustrations que tu nous avais données en préalable.
    Depuis l’avènement d’Internet (ce formidable moyen de communication) on peut lire tant de « pseudo-poèmes » qu’il n’est pas difficile de séparer le bon grain de l’ivraie…
    Tu te posais un jour la question et je voudrais y répondre : oui, tu es un poète. Parce que tu excelles dans tous les registres de l’art, que ce soit le classique, l’humour, la dérision … c’est un régal à chaque fois. Et ce que tu dis est vrai : limitée à un seul genre, la poésie s’étiole !
    Cela fait très longtemps que je me promène sur ton blog. J’ai goûté également à tes talents d’ébéniste, à la réalisation de ton bureau, de ton aquarium…et à chaque fois, je reste confondu devant tant de performances.
    Très heureux de te connaître Pierre (et toi aussi Rotpier).

    J’aime

    • rotpier27 dit :

      Bonsoir Althmama !

      Bon, ça y est: tu m’as fait rougir ! Tu me suis donc depuis MSN !
      Ton commentaire me prouve que tu ne fais pas que survoler mes écrits, mais que tu les lis bien à fond et c’est un grand plaisir pour moi !
      Je suis un autodidacte: je suis sorti de l’école avec un petit CAP de serrurier ! Après … travail, travail et encore travail jusqu’à devenir prof dans le technique.

      Merci encore pour ton long commentaire !

      Très bonne soirée et très heureux de te connaître aussi !

      Pierre

      PS: Mon point faible (j’en ai sûrement d’autres!) c’est l’orthographe ! tu as du déjà relever pas mal de fautes !

      J’aime

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