Le poème du jour : « Supplique pour être enterré dans ce petit coin calme et attachant, » … un poème de Pierre

C’est jour de Toussaint aujourd’hui et je vais y aller … pas encore comme locataire mais comme simple visiteur.

Je vous invite à le découvrir, c’est un lieu que j’aime beaucoup depuis mon enfance et qui sera, je l’espère, mon dernier domicile… C’est le cimetière d’un petit village de l’est de l’Eure nommé Nojeon en vexin, autrefois Nojeon-le-Sec, du nom de son petit ruisseau qui est souvent … à sec ! 

 

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Photo personnelle

 

Supplique pour être enterré dans

ce petit coin calme et attachant,

 

C’est un petit cimetière

comme on en voit dans nos campagnes.

Dès passé les battants de l’antique grille

on entre dans un autre monde,

un monde portant l’estampille

des aiguilles arrêtées de la montre.

 

Coté nord, un mur.

Un mur qui protège de la froidure

comme les bras d’un homme protègent sa compagne.

Les morts n’aiment pas les glaçants courants d’air.

Les bâtisseurs, en leur temps,

en avaient tenu compte pour leur plaire.

Pour leur plaire mais aussi,

intérêt bien compris,

pour eux-mêmes sachant

qu’inévitablement, qu’inexorablement,

ils en seraient un jour locataires !

 

Sur les autres cotés, une haie.

Une haie, pas très régulière,

juste pour délimiter l’aire.

Au centre, une église.

Une très vieille église à l’ardoise grise

et à la pierre façonnée et usée par les ans.

Les siècles qui s’entassent sur sa tête

ne l’empêche pas d’être très coquette !

Une petite tour munie d’un escalier

permet d’accéder au clocher.

Un clocher très fin et élancé.

Un porche d’entrée où l’on pénètre

dans le recul du temps.

La bâtisse a les pieds dans l’eau,

résultat de l’égout de son toit

et aussi de sources surgissant ça et là

de façon rémanente.

Ça ruisselle de manière charmante.

Ça ruisselle tranquillement

jusqu’au Sec, un petit ruisseau

coulant selon son bon vouloir

au grand désespoir du lavoir

qui se retrouve le bec dans l’eau

… quand il vient à en manquer !

 

Coincées entre l’église, le mur et la haie,

le cimetière et les tombes.

Certaines très anciennes,

des délabrées, des effondrées.

Des qui partent en quenouille

pierres ou marbres cassés,

grilles rongées par la rouille

… la rouille, cet animal vorace et patient

… très patient.

Il y en a des grandes et des petites

… des plus petites encore dans le carré des enfants.

Puis d’autres, plus récentes, plus pimpantes,

regroupées dans le carré neuf

… enfin, presque neuf.

D’autres encore disséminées parmi les anciennes

au gré des places disponibles ou se libérant

par le truchement des tombes relevées

… ici les locataires s’en vont d’eux-mêmes très rarement !

 

Un mélange hétéroclite

où ceux qui sont sous terre cohabitent

et se côtoient sans préjugés,

sans se soucier de qui ils étaient dans le monde des vivants.

 

Une fraternité bon enfant

mélangeant moult générations

toutes classes sociales confondues

en se moquant des qu’en dira-t-on

comme d’un guignon !

La devise de la république ici s’applique

sans restriction.

Les morts n’ont que faire des apparences,

ils font fi de leurs appartenances

unis qu’ils sont dans leur ultime danse

… danse macabre par essence … naturellement.

 

Et moi, je me vois bien en ce lieu-là,

un lieu que je connais depuis mon enfance

et que j’ai arpenté bien des fois

quand j’étais môme

au gré de mes escapades

ou bien au gré des psaumes.

Il était à deux pas de chez moi

et j’y venais très souvent.

J’aime cet endroit paisible et tranquille

qui, pour dernier domicile,

m’irait, je le crois, comme un gant !

Oui, je le crois vraiment.

 

Et si j’y avais les pieds dans l’eau

… même un peu plus à l’évidence,

je me dis que ce serait une chance :

c’est bon pour la blancheur des os !

 

Il est des endroits où l’on se sent bien

… par quel mystère ?

Point n’est besoin de le savoir absolument,

on le constate et c’est le seul point important.

Tout le reste n’est que chimères.

 

Bercé par le chant des oiseaux,

sous la chaleur ou sous le givre,

après le passage de la dame à la faux

… bon sang !

Comme j’aimerais y vivre !

Ce sera mon dernier domicile,

je l’espère beaucoup y j’y tiens,

il n’y aura aucun codicille :

je le veux, l’affirme et le maintiens !

 

 

Peut-être mettrais-je cette épitaphe :

 

« A vos pieds un humble poète

Grand amateur de raccourcis

Ayant pris la mort à perpète

A choisi de la vivre ici ! »

  

 

                  Pierre Dupuis

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPhoto personnelle

 

vue-aerienne-du-cimetiere-et-de-leglise

Vue aérienne de l’église et du cimetière

 

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A propos Pierre

Professeur à la retraite
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3 commentaires pour Le poème du jour : « Supplique pour être enterré dans ce petit coin calme et attachant, » … un poème de Pierre

  1. Photonanie dit :

    C’est bien de savoir où on va mais ce n’est pas une raison pour s’y précipiter tête baissée…
    Le coin a l’air tranquille, c’est vrai mais un peu froid. Pour moi ce sera tout feu tout flamme quand je ne ferai plus que descendre… 😉
    Bon dimanche et bonne fête à tous, les morts attendront demain.

    • rotpier27 dit :

      Bonjour Bernadette !

      Absolument !
      Donc, pour toi, c’est le choix d’avoir une dernière fois le feu au – – – ! Chacun fait ce qu’il veut !

      Bonne journée de Toussaint !

      Pierre

  2. Géhèm dit :

    Charmant, vraiment.
    …Et vous êtes tous deux des vivants de bonne compagnie.
    Après, ma foi, je ne sais pas : l’association de l’eau et du feu… 😉

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